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BLOG·8 min de lecture

Revendre des livres d'occasion, c'est gérer un index fund (sauf que les marges sont indécentes)

Revendre des livres d'occasion, c'est gérer un portefeuille façon index fund : diversification, compounding, marge moyenne de 20 € par livre. Réflexion et cas concret.

Il y a quelques mois, en repricant mon stock un dimanche soir, une pensée bizarre m'est venue : je suis en train de faire exactement ce que fait un gestionnaire de fonds. J'ai des centaines de positions ouvertes, je connais les « performances passées » de chacune, je fais des paris sur le futur, et chaque mois une petite partie de mon portefeuille se liquide pendant que je réinvestis les gains dans de nouvelles lignes.

Plus j'y pensais, plus le parallèle avec un index fund me sautait aux yeux. Et plus j'y pensais, plus je voyais aussi exactement là où le parallèle se casse la figure. Du coup je voulais poser ça à l'écrit, parce que je trouve que c'est une grille de lecture qui change la façon dont on aborde ce business — surtout quand on débute et qu'on raisonne livre par livre au lieu de raisonner portefeuille.

Spoiler pour les puristes de la finance : non, ce n'est pas vraiment un index fund. J'y reviens. Mais l'intuition de départ, elle, tient debout.

Le principe : parier sur des performances passées

Quand tu achètes une part d'un index fund — disons un ETF S&P 500 — tu ne paries pas sur une entreprise en particulier. Tu achètes un panier de centaines de boîtes, en sachant qu'historiquement, l'ensemble a progressé. Tu ne sais pas laquelle va exploser et laquelle va couler. Tu fais confiance à la moyenne, et au temps.

L'achat-revente de livres, c'est le même réflexe mental. Quand je scanne un livre, je regarde son historique : à combien il s'est vendu sur les 12 derniers mois, combien de fois, à quelle fréquence. Et je fais un pari : ce qui s'est vendu hier à 80 € se revendra probablement demain à 80 €.

La phrase qu'on retrouve dans les deux mondes

« Les performances passées ne préjugent pas des performances futures. » C'est l'avertissement légal collé sur tous les produits financiers. C'est aussi, mot pour mot, la réalité de mon stock. Un livre qui cartonnait il y a six mois peut devenir invendable parce qu'une réédition est sortie, parce que la hype est retombée, ou parce que dix autres revendeurs ont eu la même idée que moi. La donnée historique oriente la décision, elle ne la garantit jamais.

La différence, c'est que je ne subis pas passivement la moyenne du marché : je choisis mes positions à partir de la donnée. Et ça, ce n'est déjà plus tout à fait de l'indiciel — on y reviendra dans la dernière partie, parce que c'est important.

La vraie magie : l'effet boule de neige

Voilà le cœur du truc, et c'est là que mon analogie devient meilleure que l'index fund.

Dans un fonds, tu réinvestis les dividendes : sympa, mais on parle de 2-3 % par an. Dans la revente de livres, je réinvestis des marges. Et les marges, elles sont indécentes comparées à n'importe quel actif financier classique.

Ma marge moyenne tourne autour de 20 € par livre. Pas mon prix de vente — ma marge nette, ce qui me reste une fois le livre acheté et les frais déduits. Sur un livre payé 5 €. Aucun ETF au monde ne te fait ça.

Et c'est cette marge qui alimente la boule de neige :

  1. Je vends un livre acheté 5 €, j'encaisse 25 €.
  2. Je réinvestis dans 5 nouveaux livres.
  3. Statistiquement, j'augmente le nombre de livres susceptibles de se vendre.
  4. Donc j'augmente mon volume de ventes.
  5. Donc j'ai plus de capital à réinvestir.
  6. Retour à l'étape 1, en plus gros.

C'est exactement le compounding qu'on vante en investissement, sauf qu'ici le rendement par cycle n'est pas de quelques pourcents : il est de plusieurs centaines de pourcents par ligne gagnante. Le seul plafond, c'est ta capacité à sourcer du stock et à le traiter.

Un cas concret : le Gabor Maté

Pour rendre ça palpable, un exemple récent et bien réel.

J'ai acheté « Retrouver son rôle de parent » de Gabor Maté (Éditions de l'Homme, broché, 402 pages) pour 15 €. Rien de spectaculaire à l'œil nu : un bouquin de parentalité de 2005, couverture souple, pas franchement sexy sur une étagère de brocante.

Sauf que la donnée disait autre chose. L'historique de ventes montrait une vraie demande, un prix de marché élevé, et une offre rare. Je l'ai mis en ligne. Vendu 95 € sur Leboncoin, 4 jours plus tard.

Le pari Gabor Maté
+80 €
Acheté 15 € — Vendu 95 € sur Leboncoin, 4 jours plus tard.
Soit un x6 sur la mise, en moins d'une semaine.

80 € de marge brute, sur un livre que 99 % des gens auraient laissé dans le carton ou bradé 3 € à une plateforme de rachat. La différence entre les deux, ce n'est pas de la chance : c'est d'avoir lu le bon signal au bon moment. C'est littéralement pour ça que BiblioScan existe — transformer un pari à l'aveugle en décision informée, c'est l'équivalent d'avoir un bureau de recherche dans la poche.

La diversification : les gagnants effacent les perdants

Maintenant, le revers honnête de la médaille, parce que je déteste les posts qui ne montrent que les belles ventes.

Tous mes livres ne sont pas des Gabor Maté. Loin de là. Chaque mois, environ 5 à 10 % de mon stock part — ce qui veut dire qu'à un instant T, l'immense majorité de mes livres ne se vend pas. Certains mettent des mois. Ma durée de stockage moyenne tourne autour de 63 jours, et cette moyenne cache une énorme dispersion : des livres qui partent en 4 jours, d'autres qui dorment six mois.

Et puis il y a les fails. Les livres que j'ai cru bons et qui ne se vendent jamais. Ceux dont la tendance est retombée. Ceux que j'ai payés trop cher. Ça fait partie du jeu, point.

Ce que personne ne dit aux débutants

Au début, tu fais des erreurs. Beaucoup. Tu achètes des livres qui ne partent pas, tu price mal, tu te fais avoir par un faux signal. C'est normal, et c'est même comme ça qu'on apprend à lire le marché. L'expérience d'un reseller se mesure largement à son taux de fails — qui baisse avec le temps, sans jamais tomber à zéro.

C'est là que la logique de portefeuille sauve tout. Comme dans un index fund où une poignée de boîtes (les Nvidia, les Apple) portent tout l'indice pendant que des dizaines d'autres stagnent, mes gros gagnants effacent mes perdants. Un seul livre à 80 € de marge compense largement dix livres ratés à 5 €. Tu ne cherches pas à avoir raison à chaque fois. Tu cherches à avoir suffisamment raison, suffisamment souvent, avec des marges suffisamment grosses pour que la moyenne soit largement positive.

C'est exactement la mentalité de l'investisseur diversifié : tu acceptes les pertes individuelles parce que tu joues la performance de l'ensemble.

Petite nuance opérationnelle qui n'existe pas en bourse, par contre : un index fund n'a pas besoin d'entretien. Mon stock, si. Il faut repricer périodiquement, suivre le marché, baisser un livre devenu trop cher, retirer ceux qui sont devenus complètement à côté de la plaque. Un stock qu'on ne touche pas, c'est un stock qui se dévalorise lentement.

Là où l'analogie casse (et il faut le dire)

Je serais malhonnête de m'arrêter à la belle image. Parce que si on est rigoureux, l'achat-revente de livres n'est pas un index fund. C'est même presque l'inverse sur trois points fondamentaux, et autant les nommer franchement.

1. C'est actif, pas passif. Tout l'intérêt d'un index fund, c'est que tu ne fais rien. Tu achètes, tu oublies, tu attends 20 ans. Moi je source, je scanne, je stocke, j'expédie, je reprice, je gère le SAV. C'est un business, pas un placement dormant. Si je m'arrête de bosser, la boule de neige s'arrête.

2. Je sélectionne, donc je ne suis pas indiciel. Un fonds indiciel refuse par principe de parier sur qui que ce soit — il achète tout le marché. Moi je fais exactement le contraire : je trie, je choisis, je parie sur des lignes précises à partir de leur historique. En vrai, ce que je fais ressemble beaucoup plus à de l'investissement systématique ou à une stratégie value/momentum qu'à de l'indiciel. Je suis un stock-picker quantitatif, pas un suiveur de marché.

3. La liquidité n'a rien à voir. Un ETF, tu le revends en une seconde, au prix du marché, quand tu veux. Mon stock, lui, part à 5-10 % par mois. Mon capital est immobilisé dans des cartons de papier. Si j'ai besoin de cash demain, je ne peux pas claquer des doigts — je dépends d'un acheteur qui veut précisément ce livre. C'est beaucoup plus proche de l'immobilier locatif ou du flip de montres que d'un produit financier liquide.

Mon vrai positionnement

Si je devais ranger l'achat-revente de livres dans une case d'investissement, ce ne serait pas « index fund ». Ce serait « actif alternatif à forte marge et faible liquidité », dans la même famille que le flip de montres, le vin, ou les cartes à collectionner. L'analogie avec l'index fund est utile pour comprendre la logique de portefeuille et de diversification — pas pour décrire la nature réelle de l'actif. Personne ne fait x6 sur un ETF en 4 jours. Moi si, sur un Gabor Maté.

Ce que ça change concrètement

Si tu retiens une chose de cette réflexion, c'est celle-ci : arrête de raisonner livre par livre, raisonne portefeuille.

Le débutant regarde un livre raté et se dit « j'ai perdu 5 € ». L'investisseur regarde son portefeuille et se dit « mon taux de marge global couvre largement mes fails, donc je continue à alimenter la machine ». C'est un changement de focale qui change tout :

  • Tu n'as pas besoin que chaque livre soit une pépite. Tu as besoin que la moyenne soit bonne.
  • Tu peux te permettre des paris à l'aveugle de temps en temps, tant que la diversification absorbe le risque.
  • Tu réinvestis méthodiquement tes marges au lieu de sortir le cash — c'est le compounding qui fait la fortune, pas le coup d'éclat isolé.
  • Tu acceptes la dispersion : certains livres en 4 jours, d'autres en 6 mois, et c'est OK tant que le portefeuille tourne.

La seule vraie compétence, au fond, c'est la lecture du signal. Savoir, avant d'acheter, si un livre a une demande réelle et durable, ou si c'est un piège. C'est exactement le travail que j'essaie d'automatiser avec BiblioScan : remplacer l'intuition par de la donnée, pour que ton portefeuille soit composé de paris informés plutôt que de coups de cœur. Si tu débutes, commence par lire comment scanner des livres pour la revente, ou teste un titre tout de suite avec notre outil de recherche ISBN gratuit.

En résumé

L'achat-revente de livres emprunte à l'investissement passif ses meilleures idées — diversification, compounding, gagnants qui effacent les perdants, paris fondés sur l'historique — mais ce n'est pas un index fund : c'est actif, sélectif, peu liquide, et beaucoup plus rentable à la ligne. La bonne grille de lecture, c'est de gérer un portefeuille de livres plutôt que de courir après des ventes individuelles. Marge moyenne autour de 20 €, rotation de 5-10 % par mois, des fails assumés, et une boule de neige qui ne dépend que de ta capacité à bien lire le marché — et à réinvestir.

Et toi, comment tu raisonnes ton stock ? Portefeuille, ou livre par livre ? Viens en parler sur le Discord BiblioScan.

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